ÉVÈNEMENT

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Publié le : 02/06/2009
Par Georges Vigarello

Le corps féminin et la minceur d’aujourd hui

Par Georges Vigarello, Historien et Directeur d’études à l’EHESS

L’exigence de minceur dans la silhouette féminine n’est pas une invention récente. Un changement s’opère déjà dans les années 1930 : l’ancien corset soulignant la cambrure s’efface au profit de formes résolument allongées. L’étranglement de la ceinture cède, comme cède le contour en « S » qu’accentuait la contrainte des armatures renflées et baleinées. Le nouvel objectif est celui d’un ensemble physique fait d’un seul élan : verticalité sans décalage ni brisure, sans rondeur excessive non plus.

La notion de sveltesse accompagne ces évolutions. Elle désigne d’ailleurs le vrai changement : celui du statut de la femme, qui doit incarner toujours davantage de mouvement, d’initiative et d’activité.
Le modèle, aujourd’hui, s’est accentué comme jamais. Il favorise les silhouettes « lianes ». Il ajoute la flexibilité à la mobilité. Il ajoute l’ascendance à l’agilité. Les jambes s’allongent comme le font les mouvements et les pas. Le buste se dégage, s’élève, comme le font les attitudes aériennes et étirées. Le gain n’est plus seulement celui du contour, il est celui de l’ascension. Non que les formes disparaissent, hanches et seins se marquent, galbes et rondeurs s’amorcent, mais leur ligne tient aussi à l’extrême effilement qu’ils doivent traduire comme à l’infinie possibilité de mouvements qu’ils doivent suggérer. Aucun doute, cette minceur a un sens. Elle ne joue pas seulement avec la perfection formelle. Elle ne magnifie pas seulement un corps liane ou un corps tige. Elle suggère une particularité décisive du corps féminin, celle que les années 1930 mettaient déjà en scène. Elle affirme une dynamique. Elle incarne un « élan ». Elle traduit la femme en mouvement.
La minceur n’est pas seulement séduction, elle est initiative et affirmation : d’une aisance,et d’une manifestation d’autonomie. Avec elle, la beauté traditionnelle est définitivement abolie. La minceur marque l’ « activité » définitive du féminin. Que cette minceur soit quelquefoisperçue comme excessive, qu’elle soit quelquefois opposée aux images de « rondeurs » jugées plus « normales » (voir la couverture avec Emmanuelle Béart en février 1994), doit être souligné, mais ne change rien à l’enjeu du débat : le corps fortement élancé et musclé est un corps symbole.
 

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